Portrait d’une génération sans utopie

 «Os de fer», le film hors normes de Hicham Lasri.
Le quotidien castrateur d’une jeunesse qui se cherche  
 

«Nous sommes une génération qui n’a aucune raison de se réveiller tôt: ni colons à mettre à la porte, ni Marche verte à faire… La Palestine est lointaine et l’Irak est perdu». Voilà un échantillon du scénario d’«Os de fer». Le dernier film, hors normes, du jeune réalisateur Hicham Lasri. Son opus a été projeté, le 5 septembre à Casablanca, en avant-première chez Ali’n production. Il fait partie des long-métrages produits par Film Industry et sera disponible, dans un premier temps, en DVD.

Une histoire urbaine simple mais percutante. Trois «potes», dont deux Hitistes (jeunes qui passent leur journée adossés au mur) et un étudiant, se débrouillent pour dénicher 120 DH! Une somme qui n’est en fait qu’un prétexte pour s’accrocher à… un rêve. Celui d’avoir une existence qui a un sens. Les temps sont durs pour les enfants du peuple. De scène en scène, cette quête financière se transforme en bain de sang. Violent, incisif, et sans compromis. «Os de fer» ose consommer la rupture. Une rupture revendiquée à la fois par l’image, le texte et le son. Le film est un patchwork visuel. Sa marque de fabrique, des séquences à la MTV, chaîne musicale, malaxées à du documentaire. «Une sorte de docu-fiction qui explore d’autres formes de narration. L’idée est de plonger, sans préavis, dans la réalité des personnages», commente Hicham Lasri. Une approche qui, à première vue, déroute. Les scènes s’enchaînent et finissent par convaincre. Car la trame de la fiction est bien cousue. Le réalisateur a fait des projections-tests. Question de tâter la réceptivité des spectateurs. «Ils finissent toujours par s’accrocher à l’histoire», précise le réalisateur.

La rupture se traduit aussi par le choix des acteurs. Leurs  parcours dans le cinéma est pratiquement vierges. Seul Tarik El Boukhari, s’appropriant ingénieusement le rôle d’étudiant muet, fait figure de «vétéran». Le scénario brille, quant à lui, par sa crudité.L’argot de la darija préserve la «crédibilité» des personnages. Et la «vulgarité» de certains vocables dégage une poésie urbaine bannie. L’écriture du scénario a pris quatre ans. Il fallait à chaque fois «réécrire les dialogues pour avoir le ton juste», souligne le réalisateur d’Os de fer. Un ton qui risque de ne pas plaire aux censeurs. C’est un choix. «Je ne cherche pas à plaire mais à provoquer… une réflexion», rétorque Hicham Lasri. Son film fait aussi un clin d’oeil à une génération aux références culturelles communes. Une génération bercée par les walkmans. Et pourquoi ce titre: «Os de fer»? «On mordillait les batteries du baladeur lorsqu’elles s’épuisaient». Chacun s’agrippe  à quelques choses pour exister. «C’est l’énergie du désespoir», lance Lasri.

Faiçal FAQUIHI


Légende: Une génération marquée par «Gréndaizer» (Goldorak) et le walkman. La bande-son du film de Hicham Lasri lui rend implicitement hommage. Les tubes de Casa Crow, H-Kayn, Big, Hoba Hoba Spirit…marquent d’ailleurs le tempo.
Code Ph: Lasri Hicham

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